Interview : Orioto, l’artiste néo-rétro
Par Guillaume • Dimanche 23 août 2009 à 15:49 • Dans : Actualité, Graphisme, La Sélection Newsletter, Pleins feux sur ...Depuis maintenant plus d’un an, Orioto s’est spécialisé dans les wallpapers HD de jeux vidéo rétro. Nous l’avons rencontré pour percer le secret de sa popularité naissante.
Si vous aimez les jeux vidéo et que vous surfez sur le web, il est fort probable que vous ayez déjà vu une création de Mikaël Aguirre, alias Orioto. Des forums de NeoGAF à IGN en passant par les blogs qui voient dans son travail une possibilité de renouveau des jeux en 2D, ses Å“uvres ont fait du chemin depuis sa page DeviantArt, y compris dans nos colonnes. Un temps spécialisé dans les portraits réalistes de personnages de manga, cela fait un peu plus d’un an qu’il se consacre aux wallpapers HD de jeux vidéo rétro, de Sonic à Megaman en passant par Yoshi’s Island. Plus que de simple fanarts, il s’agit pour Orioto de prouver qu’il est toujours possible sur les consoles d’aujourd’hui de réaliser des jeux en 2D. Nous l’avons rencontré pour tenter de comprendre cette ascension fulgurante, puisque sa page DeviantArt totalise plus d’1,5 millions de visiteurs à ce jour !
Orioto est bien sûr tombé dans la marmite des jeux vidéo dès son plus jeune âge, en jouant à R-Type… « Chez le fils de la concierge ! Il me laissait tirer pendant qu’il dirigeait le vaisseau. » Si sa première console fut la Megadrive avec des jeux comme Mickey & Donald ou Golden Axe comme premiers coups de cÅ“ur, c’est surtout sur Super Nintendo qu’il craquera pour Pocky & Rocky, Secret of Mana, mais surtout Final Fantasy VI qui reste à ce jour sa référence ultime. « J’ai aussi beaucoup aimé Uniracer à la fin de la SNES« , ajoute-t-il. Ces titres ont fortement influencé ses goûts sur le plan graphique : « En terme de direction artistique, je suis plus sensible aux jeux 16 bits ou Neo-Geo. Certains jeux comme Another World, Zelda, ou Mario World sur SNES ont l’esthétique parfaite pour leurs intentions visuelles. D’autres comme X-men Children of the Atom sur Saturn arrivent à faire oublier par leurs animations qu’on a affaire à un jeu. » Pas étonnant dès lors qu’il se consacre exclusivement aux jeux en 2D. « J’ai du mal à retrouver cette sensation aujourd’hui, à part peut-être avec Wind Waker. La 3D a paradoxalement beaucoup plus de mal à faire oublier sa nature technique. Mes références principales sont les jeux Vanillaware, Odin Sphere et Murasama. »
Orioto a fait des études d’audiovisuel, même s’il a pratiqué parallèlement Photoshop pour le plaisir. C’est ainsi qu’il a enchaîné les petits boulots comme le design web. Il est même possible que vous ayez l’un de ses logos dans votre téléphone portable. Parallèlement à ses activités dans la vidéo, il a donc commencé à réaliser des portraits réalistes de personnages de japanim « en rencontrant un succès tout à fait honorable, mais cela ne m’a pas fait évoluer au final. » Car, selon lui, ces portraits ne pouvaient pas déboucher sur quelque chose de concret. « D’autre part, j’ai fait plus de 150 portraits et je commençais à me lasser. Je marche beaucoup à l’amusement, et j’ai besoin de changer de joujou de temps à autre. » Et si ses premières oeuvres lui ont construit une réputation sur DeviantArt, c’est surtout par le biais du forum gamer NeoGAF que ses créations basées sur les jeux vidéo ont décollé : « J’ai reçu 20 fois plus d’exposition et de propositions depuis que je travaille sur l’univers des jeux, car la communauté de gamers voit quelque chose de plus constructif et porteur dans mon travail. » Car il ne s’agit pas de fanart ; Mikaël respecte la composition d’un jeu vidéo tel qu’il apparaît à l’écran pour le réimaginer en HD.
Ses wallpapers sont le fruit d’un travail bien particulier, mêlant artworks et références de paysages réels pour aboutir au résultat final : « Je cherche sans arrêt des références, des images qui m’inspirent des perspectives, des ambiances, et j’ai également un dossier avec des tonnes d’images de jeux. Comme une image me prend entre 20 et 30 heures, j’ai besoin d’être vraiment motivé et inspiré par un projet pour démarrer. » Mais quand l’inspiration ne vient pas, il lui arrive de répondre à des commandes, notamment en provenance des membres de NeoGAF. « On m’avait demandé une image de Sonic CD par exemple et un des niveaux me paraissait assez intéressant esthétiquement. » Mais ce n’est pas toujours simple : « Les difficultés viennent de mes limites techniques en général. J’ai beaucoup de mal à faire des top views, et c’est malheureusement pour ça que j’évite les RPG… Il est plus difficile de trouver une perspective intéressante quand on est au dessus d’un paysage ! » Orioto a même collaboré avec Modus de NeoGAF pour réaliser un thème PS3 consacré à Gunstar Heroes. Il s’intéresse donc énormément aux créations de ses pairs : « Il suffit d’aller voir ma galerie de favoris sur DeviantArt pour y voir tout un tas d’images qui m’inspirent beaucoup. J’aime beaucoup le travail d’Arcipello par exemple [qui a notamment réalisé les artworks du récent Bionic Commando, NdlA], avec qui je discute de temps à autre. Deviantart est souvent decrié pour ses dérives très geek et otaku, mais c’est aussi un vivier extraordinaire d’illustrateurs géniaux. Il faut savoir les débusquer. »
Et Orioto réalise de plus en plus de commandes, puisqu’il réalise chaque mois un wallpaper réservé aux membres « insiders » du site américain IGN. Ils en gardent l’exclusivité pendant un mois. « Je suis d’ailleurs tout à fait ouvert à d’autres collaborations de ce genre. J’aime bien que l’on me commissionne des choses car ça me force à bosser sur des jeux auquels je n’aurais pas forcement pensé par moi-même. IGN m’a demandé pas mal de jeux NES qui paraissaient difficiles à aborder à première vue. » Toutefois il lui arrive de refuser une commande : « Ils m’ont par exemple demandé X-Com ce mois-ci, mais le type de graphisme du jeu est completement incompatible avec mes talents ! » En France, Orioto a même été invité sur le stand de Pix’n Love au dernier Japan Expo, aux côtés de chara-designers japonais, pour dédicacer ses posters de Mario World et Super Aleste.
Cette popularité croissante lui a ouvert les portes du jeu vidéo : « Je bosse actuellement sur un projet de jeu en indépendant, et c’est assez motivant, car je suis investi aussi bien dans les aspects artistiques que dans la création du gameplay. Nous auront je l’espère une démo à montrer dans les semaines qui viennent, et nous chercherons un financement plus solide. » Dans l’immédiat, les fans d’Orioto pourront jouer à ElementZ sur Facebook (via l’appli Goobox), dont il a réalisé les graphismes et qui est déjà joué par plus de 2 millions d’utilisateurs ! D’autres projets de ce type sont en cours, mais Orioto ne délaisse pas la vidéo pour autant : « Aujourd’hui je vis plus de l’audiovisuel que du graphisme », nous confie-t-il, « je fais des missions de cadre ou de montage pour des boites de prod. » Toutefois ses différentes activités restent liées dans son esprit : « Mes travaux graphiques sont plus proches de la réalisation qu’on ne pourrait l’imaginer. Plus concrètement, j’aimerais beaucoup trouver une façon de marier la réalisation de films et les jeux vidéos, mais cela n’est pas simple ! » Dans un avenir plus lointain, Mikaël Aguirre souhaite s’entourer d’une équipe pour réaliser des films d’animation : « J’ambitionne de faire une série de courts-métrages inspirés librement de débuts de jeux typiques, focalisés sur l’ambiance… Un enfant un peu autiste, seul sous la pluie, obsédé par une princesse dans un château, très mûr et tarkovskien dans le traitement… Vous voyez, ce genre de choses ! J’en rêve jour et nuit, mais j’aurais besoin d’un producteur ! »
Orioto a donc plus d’un tour dans son sac et des projets pleins la besace. Espérons que sa popularité croissante lui permette de réaliser ses rêves, et par la même occasion ceux de nombreux gamers, qui déplorent l’utilisation commerciale de leurs souvenirs d’enfance par une industrie du jeu vidéo fainéante et par un Hollywood toujours aussi opportuniste…
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